đŸŒ§ïžâ„ïž La lĂ©gende de « Shuang Jiang » : quand la dĂ©esse du givre descend faire sa tournĂ©e annuelle (et que mĂȘme les chacals font semblant d’ĂȘtre pieux)



đŸŒ§ïžâ„ïž La lĂ©gende de « Shuang Jiang » : quand la dĂ©esse du givre descend faire sa tournĂ©e annuelle (et que mĂȘme les chacals font semblant d’ĂȘtre pieux)



Il y a trĂšs longtemps, lorsque le Ciel et la Terre se partageaient encore clairement les tĂąches, le calendrier n’était pas seulement une affaire d’hommes. Les saisons avaient leurs gardiens.

Quand l’automne arrivait Ă  sa fin, que le souffle du Yang s’affaiblissait et que le Yin commençait Ă  s’installer, une divinitĂ© particuliĂšre quittait le firmament.

On l’appelait « QingnĂŒ (é’ć„ł) », la Dame de Jade du Ciel Azur, ou simplement la DĂ©esse du Givre.


Le « Huainanzi » raconte : « Lorsqu’arrivent les trois mois d’automne, le souffle de la terre ne se cache plus
 alors QingnĂŒ apparaĂźt pour faire descendre le givre et la neige. »

QingnĂŒ n’était pas une dĂ©esse de la destruction.

Elle était celle qui refermait doucement le rideau.

Chaque année, vers le 23 octobre, elle descendait sur le sommet de la montagne Qingyao. Là, elle prenait sa cithare à sept cordes.

Les notes, claires et froides comme du cristal, s’élevaient dans l’air.

Et sous ses doigts, la rosée se transformait en givre.

Une fine poussiÚre blanche se posait sur les herbes, les toits, les derniÚres feuilles encore accrochées.

Les insectes, entendant la musique, s’enfouissaient dans la terre. 

Les plantes jaunaissaient et se dĂ©pouillaient. 

MĂȘme les chacals, dit-on, arrĂȘtaient de chasser pour aligner leurs proies comme des offrandes, respectueux de ce moment de passage.

C’est ainsi que naquit le nom « Shuang Jiang – 霜降 », la « Descente du Givre ». Non pas parce que le givre tombait du ciel comme une pluie, mais parce que QingnĂŒ le faisait descendre, dĂ©licatement, comme un voile.


Plus tard, les hommes ajoutĂšrent leurs propres histoires.

L’une des plus connues parle d’un jeune mendiant du nom de « Zhu Yuanzhang ». Un jour de Shuang Jiang, affamĂ© et Ă  bout de forces, il s’écroula au pied d’un vieux plaqueminier encore chargĂ© de kakis orange.

Ces fruits, que le givre venait de rendre doux, lui sauvĂšrent la vie.

Des annĂ©es plus tard, devenu empereur fondateur de la dynastie Ming, il retourna devant cet arbre, lui drapa son manteau impĂ©rial et le nomma « Ling Shuang Hou » – « le Marquis qui dĂ©fie le Givre ».

Depuis ce jour, on mange des kakis Ă  Shuang Jiang : pour se souvenir que mĂȘme sous le froid, quelque chose peut encore nourrir et sauver.


Il existe aussi une version plus populaire, presque grivoise :

« Shuang Jiang » sonnerait comme « double obstination ».

On raconte que la femme du Roi-Dragon et sa belle-fille, toutes deux d’un caractĂšre de cochon, se disputaient chaque annĂ©e Ă  cette pĂ©riode.

Ni l’une ni l’autre ne voulait cĂ©der.

Les dragons mĂąles soupiraient : « Encore la double obstination
 » Et le nom resta.


Mais au fond, la vraie lĂ©gende de Shuang Jiang, c’est celle de QingnĂŒ.

Chaque année, elle revient.

Elle pose son givre comme une main légÚre sur le monde.

Elle murmure aux hommes : « Le temps de s’agiter est fini. Rentrez vos rĂ©coltes. Nourrissez votre corps. Laissez le Yin s’installer. L’hiver vient. »

Et pendant quinze jours, entre la derniĂšre chaleur de l’automne et le premier vrai froid de l’hiver, la nature entiĂšre semble retenir son souffle
 en attendant que la dĂ©esse range sa cithare et remonte au ciel.

VoilĂ  pourquoi, encore aujourd’hui, quand le givre apparaĂźt, on dit simplement : 

« Shuang Jiang est arrivĂ©. Â»


Bon Qi (pas trop givré !!!)


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