En Chine, la Saint-Valentin occidentale (情人节, qíngrén jié) n’est pas la fête traditionnelle de l’amour (c’est plutôt le Qixi Festival ou Fête du Double Sept, qui tombe en été sur le calendrier lunaire, autour d’août en 2026).
Cependant, depuis les années 1990-2000, le 14 février s’est imposé chez les jeunes urbains comme une célébration importée, joyeuse et commerciale, souvent appelée « la Saint-Valentin occidentale » ou simplement « qíngrén jié ».
Contrairement au Qixi ancestral (légende du Bouvier et de la Tisserande, pont de pies, prières pour l’amour et les compétences féminines), le 14 février est plus moderne, influencé par l’Occident, et met l’accent sur le romantisme consumériste.
La légende du Bouvier et de la Tisserande (Niúláng 牛郎 et Zhīnǚ 织女 en chinois) est l’une des quatre grandes histoires d’amour classiques de la Chine ancienne.
Elle est au cœur du Festival de Qixi (七夕节, Qīxī jié), souvent surnommé la « Saint-Valentin chinoise », qui tombe le 7e jour du 7e mois lunaire (généralement en août selon le calendrier grégorien).
Le cœur de la légende.
Il était une fois un jeune orphelin pauvre nommé Niúláng (le Bouvier), qui vivait avec son frère aîné et sa belle-sœur cruelle. Il possédait une vieille vache magique (souvent une ancienne divinité descendue sur terre).
Un jour, la vache lui révéla qu’il pouvait rencontrer des fées célestes venues se baigner dans un lac terrestre. Parmi elles se trouvait Zhīnǚ, la septième fille de l’Empereur de Jade (ou de la Reine Mère de l’Ouest selon les versions), une tisserande céleste experte qui fabriquait les nuages brodés du ciel.
Niúláng, guidé par la vache, vola les vêtements de Zhīnǚ pendant qu’elle se baignait. Quand elle sortit de l’eau, elle ne put repartir au ciel sans ses habits.
Ils tombèrent amoureux, se marièrent en secret sur terre, eurent deux enfants (un garçon et une fille) et vécurent heureux plusieurs années, filant et tissant ensemble. Mais l’Empereur de Jade (ou la Reine Mère) découvrit l’affaire.
Furieuse que sa fille ait déserté le ciel et négligé son métier divin, elle envoya des soldats célestes la ramener de force.
Niúláng, désespéré, mit ses enfants dans des paniers et, portant les chaussures magiques faites de la peau de la vache mourante, s’envola à leur poursuite.
Juste au moment où il allait rattraper Zhīnǚ, la Reine Mère sortit sa précieuse épingle à cheveux (ou une épée selon les versions) et traça une immense rivière céleste infranchissable : la Voie lactée (la « Rivière d’Argent » ou Tiānhé 天河).
Les deux amoureux furent séparés à jamais par cette barrière cosmique.
Le pont de pies (quèqiáo 鹊桥).
Touchées par leur amour sincère et éternel, des milliers de pies (ou pies-bleues selon les variantes) du monde entier eurent pitié d’eux.
Chaque année, le 7e jour du 7e mois lunaire, elles forment un immense pont vivant avec leurs corps au-dessus de la Voie lactée. Ce jour-là seulement, le Bouvier et la Tisserande peuvent se retrouver, se serrer dans les bras et passer une nuit ensemble avant d’être à nouveau séparés jusqu’à l’année suivante.
C’est pourquoi on dit que les pies ont la tête chauve ou des plumes abîmées sur le bec et les pattes depuis ce temps : elles se sacrifient chaque année pour permettre cette réunion fugitive.
Prières pour l’amour et les compétences féminines.
À l’origine, Qixi n’était pas seulement une fête romantique, mais surtout une fête des jeunes filles et des femmes (aussi appelée « Fête des Compétences » ou Qǐqiǎo 乞巧).
Les jeunes filles priaient Zhīnǚ (la Tisserande) sous le ciel nocturne, en particulier sous les étoiles Vega (Zhinǚ) et Altair (Niúláng).
Elles lui demandaient :
- De leur accorder des mains habiles (qiǎo shǒu 巧手) et une grande dextérité dans les travaux féminins traditionnels : tissage, broderie, couture, cuisine, coiffure, etc.
- De trouver un bon mari aimant et fidèle, comme le Bouvier pour la Tisserande.
- Parfois aussi une vie harmonieuse, une belle descendance et du bonheur conjugal.
Les rituels incluaient :
« Begging for skills » (qǐqiǎo) : exposer des aiguilles, du fil, des fruits, des pâtisseries sous la lune pour que Zhīnǚ les bénisse.
Observer les araignées : si une araignée tissait sa toile sur les offrandes, cela signifiait que la prière était exaucée (signe de dextérité accordée).
Manger des tangyuan ou qiaoguo (biscuits fins décorés) pour symboliser l’union et la réunion.
Au fil du temps (surtout depuis les années 1990-2000 avec l’influence occidentale), Qixi est devenu plus romantique et commercial (fleurs, cadeaux, dîners), mais la légende originelle reste profondément ancrée dans la culture :
un amour impossible, séparé par le destin, mais éternel et fidèle, qui triomphe une fois par an grâce à la compassion des pies.
C’est une belle métaphore de l’amour patient, sacrificiel et cosmique, très différente de la Saint-Valentin occidentale plus centrée sur le couple individuel.
Petit mot de fin.
Contrairement à la Saint-Valentin occidentale, centrée sur la célébration joyeuse et quotidienne du couple avec roses, chocolats et dîners en tête-à-tête, Qixi reste profondément marqué par la mélancolie et la patience. L’amour y est vu comme une force cosmique, douloureuse, séparée par le destin et les mondes, mais capable de triompher une fois l’an grâce à la compassion universelle.
C’est moins la fête de « l’amour heureux » que celle de « l’amour fidèle » qui endure, de l’attente, du sacrifice et de la réunion fugitive – une vision plus austère, plus poétique et infiniment plus ancienne.
Note finale.
Qixi n’est pas vraiment « la Saint-Valentin chinoise ».
Là où l’Occident célèbre l’amour présent et festif, la tradition chinoise honore un amour éternel mais séparé, patient, cosmique… et seulement réuni une nuit par an, grâce à des pies qui saignent pour eux.

